6 juin 1944 : « opération vassalisation » !

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Oui, les soldats tombés sur nos plages normandes le 6 juin 1944 ne doivent pas tomber une seconde fois, cette fois-ci, dans l’oubli.

Mais le traitement médiatique, le discours politique et le contenu des programmes scolaires relatifs à cette période de notre histoire me laissent parfois dubitative.

Vassal (les Français ?) prêtant serment à son suzerain (les Américains ?)

Ainsi, vous n’entendrez jamais la traduction « d’Overlord », nom de code donné à la bataille de Normandie. Normal vous me direz, ce dernier signifiant « suzerain » ! Les Français, ces vassaux obéissants soumis à l’impérialisme américain quand bien même les GI n’avaient pas encore posé un seul pied sur notre sol ? La France, cette province américaine ? Certains le souhaitaient.

75 ans après, l’extraterritorialité du droit américain, qui a causé la perte de fleurons nationaux comme Alstom Energie, montre une amitié franco-américaine surexaltée lors de ces commémorations, véreuse. Rappelons le rôle d’Emmanuel Macron, à l’époque Ministre de l’économie (2014), qui validera la vente d’Alstom Energie, faisant perdre à la France un contrôle total de sa filière nucléaire, soit de sa souveraineté (lire mon article : « La guerre économique est déclarée »).

La casquette « D-Day Overlord » alias « Jour J Vassalisation » !

Cette façon de commémorer le débarquement instrumentalise les morts pour cacher certaines intentions des dirigeants de l’époque pas forcément glorieuses… Qu’il est plus doux d’entendre à l’oreille « ils sont venus nous libérer » que « ils étaient là pour servir des intérêts qui les dépassaient » !

Charles de Gaulle ne gagnera son bras de fer que le 23 octobre 1944, date à laquelle les Américains/Anglais/Russes reconnaissent enfin le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF). Il déclarera des années plus tard : « La France a été traitée comme un paillasson ! Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne ! Ils avaient préparé leur AMGOT [gouvernement allié des territoires occupés]. Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! Je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n’est pas là ! »

Cela explique pourquoi De Gaulle refusait de se rendre à ces commémorations : « Cela contribuerait à faire croire que, si nous avons été libérés, nous ne le devons qu’aux Américains. Ça reviendrait à tenir la Résistance pour nulle et non avenue. Notre défaitisme naturel n’a que trop tendance à adopter ces vues. Il ne faut pas y céder ! […] M’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes ? Non ! »

Quel contraste avec le discours dominant actuel, qui comme à son habitude, nous offre une éternelle vison du monde binaire, dénuée de toute subtilité ! Pour beaucoup, le 6 juin 1944 incarne le début de la victoire du camp du bien sur le camp du mal : rentrez chez vous braves gens, il n’y a pas d’autres interprétations à avoir. Que l’hégémonie actuelle de l’Oncle Sam semblait loin !

Pourtant l’Europe, c’était aussi (surtout ?) un nouveau marché à conquérir. Le péril rouge menaçait, « obligeant » les Américains à mener une véritable course vers l’Est. N’oublions pas cette chose élémentaire : une ville ne peut être reconstruite que si elle est au préalable détruite. La trame du Plan Marshall se dessinait déjà. Ce n’est que depuis quelques années seulement que l’on parle davantage (mais pas encore assez) des civils morts suite aux bombardements liés au débarquement (entre  20 et 50.000 selon les sources). La menace de l’avancée technologique allemande pointait-elle aussi le bout de son nez (V1, V2, future bombe atomique permettant des frappes sur le sol américain…). Le risque de se faire doubler, donc d’être dominé, par les Nazis était réel : il n’y a qu’à voir les scientifiques allemands qui sont allés en Amérique (et en URSS) après la guerre (comme Wernher von Braun dont le rôle capital au sein de la NASA n’est plus à démontrer).

Nos dirigeants ont jugé inopportun d’inviter Vladimir Poutine lors des commémorations du 75ème anniversaire. Comme si la victoire ne s’était décidée que sur nos plages ! Le rôle de l’URSS dans la déroute d’Hitler est factuel : ses 21 millions de victimes apprécieront.

Quel beau travail de sape historique au profit d’un récit mythologique !

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. RLC dit :

    Bon rappel, surtout que les Français n’en savent rien pour la plupart !

  2. Lucie dit :

    Merci 🙂

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