Le salon de l’agriculture 2018 : Agathe the Blues

Le coup de com’ incarné par la poule Agathe, offerte à Emmanuel Macron par le président de Loué, symbolise l’arbre cachant une forêt en feu. Profitant d’une couverture médiatique inédite pour une poule de basse-cour, Yves de la Fouchardière ne tarira pas d’éloges à l’égard du Président sur BFM TV.


Les suicides d’agriculteurs ne bénéficient pas de la même attention médiatique, et pourtant ! Un agriculteur met fin à ses jours tous les deux jours en France, soit un taux de 20 à 30% supérieur au reste de la population. Ces statistiques datent de 2001. La situation de la production laitière et de l’élevage bovin s’étant depuis aggravée, ces chiffres sont probablement sous-estimés (732 décès évoqués pour 2016).

Les stands présents sur le salon international de l’agriculture nous amènent à nous poser cette question légitime : sommes-nous dans un salon de l’agroalimentaire, de la grande distribution ou des agriculteurs ?

Nous pouvons rester positifs en considérant cet événement comme une caisse de résonance pour la promotion, par les agriculteurs eux-mêmes, d’un savoir-faire. N’oublions pas que notre gastronomie est entrée au patrimoine de l’Humanité en 2010 ! La France a de beaux atouts. Il faut redonner la parole aux agriculteurs, réexpliquer le métier aux Français, recréer un lien distendu accaparé par les distributeurs. Ce déficit de communication explique (peut-être) en partie ce manque de reconnaissance mais fort heureusement les choses bougent ! La chaîne Youtube de l’agriculteur David Forge contribue ainsi à recréer ce lien direct avec le consommateur.  Emmanuel Macron l’a d’ailleurs bien compris en l’invitant à l’Elysée !

Nous pouvons aussi être réalistes et voir que les stands de l’industrie agro-alimentaire cherchent à se donner bonne conscience via un discours qu’ils sont incapables d’appliquer dans la vraie vie. Connaissez-vous beaucoup de personnes qui accepteraient de vendre le fruit de leur travail en dessous du prix de production ? C’est pourtant ce que font beaucoup d’agriculteurs et d’éleveurs. 30% d’entre eux ont un revenu mensuel moyen de 350€ pour des semaines de travail harassant !

Les loups entrent dans la bergerie

Emmanuel Macron ou le fervent défenseur d’un marché mondialisé au détriment d’une écologie dont il s’était pourtant fait le fervent étendard pendant la COP21 (« make our planet great again« )… Ce n’est pas sa première incohérence puisqu’il a acté l’entrée en vigueur anticipée du CETA alors que la Commission, qu’il avait lui-même désignée, confirmait les craintes environnementales, sanitaires et économiques que cet accord allait engendrer. (Plus de précisions en lisant mes articles : « CETA : exigeons un référendum ! » et « Le CETA : nouvelles incohérences présidentielles ») Ses propos concernant le Mercosur, autre accord de libre-échange cette fois-ci avec l’Amérique du Sud (Argentine, Brésil, Urugay, Paraguay), n’ont donc rien de surprenant : « Nous sommes gagnants sur le Mercosur ».


Il faut quand même un certain culot pour oser dire cela en regardant les éleveurs dans les yeux sachant que 70.000 tonnes de viande bovine sud-américaine (aux OGM, farines animales…) vont être importées à un prix défiant toute concurrence !

Je vous invite à signer la pétition « Non Aux Accords UE Mercosur » lancée par la Fédération Nationale Bovine. Préservons notre agriculture, notre santé et notre environnement ! Il n’y a pas de fatalité à subir de mauvais choix politiques, une autre politique agricole est possible !

Bruno Le Maire a, quant à lui, décidé de la suppression des prix garantis et des quotas par pays. La grande distribution le remercie, les producteurs vendant à perte nettement moins : moins de 10% de la valeur ajoutée produite par l’alimentation revient aux paysans ! A ce propos, coup de chapeau à « Faire France », marque collective créée par des éleveurs français qui ont voulu relever le défi de la crise du lait : leurs briques de lait permettent une rémunération digne de l’éleveur.

12 eurodéputés Les Républicains ont voté pour le CETA. Or, Laurent Wauquiez se déclare être contre cet accord. Où est la cohérence pourtant réclamée par les Français ? La liste des politiques « pompiers pyromanes » pourrait être bien longue…

Le stand de la Commission européenne : communication verrouillée

Direction le stand de la Commission Européenne. Lecture rapide de leurs documentations, notamment celle relative au CETA. Aucune mention des tribunaux arbitraux, élément pourtant capital (lire mon article « TAFTA : nivellement par le bas en vue ! »). Un représentant vient me voir « si vous voulez des renseignements… » Je lui fais part de mon étonnement concernant l’absence de brochure concernant les tribunaux arbitraux en prenant l’exemple du cigarettier Philip Morris ayant attaqué l’Etat Australien. Mon interlocuteur ne dit plus rien et se dirige vers la responsable. J’enfonce (gentiment) le clou : « vous avez des documents sur le CETA mais aucun sur les tribunaux arbitraux, je ne comprends pas… » Un troisième interlocuteur arrive (jamais deux sans trois !) et me donne une brochure sur le CETA ne répondant pas à ma question (et évinçant les interrogations dérangeantes).

Sur le comptoir, drapeaux européens en papier, cahiers de coloriage, cahiers de gommettes, stylos, livrets ludiques… pour endoctriner la jeune génération. Cerise sur le gâteau ? Le slogan « de la fourche à la fourchette, une alimentation durable pour un mode de vie sain ». La Commission Européenne ne manque pas de toupet, c’est une véritable honte d’exposer cela à côté d’agriculteurs en souffrance ! Cette Union Européenne a trahi l’idéal européen en se soumettant aveuglément aux lobbys.

Des solutions existent !

Face à une mondialisation outrageante, il faut, au contraire, privilégier les circuits courts. Les abattoirs de proximité doivent ainsi être développés à la fois pour le bien-être animal (temps de transport réduit), la qualité du produit (meilleure traçabilité) et le lien avec le consommateur (renforcé). L’abattage à la ferme (ou mobile) existe en Autriche ou en Suède… pourquoi pas chez nous ? Actuellement, le marché des abattoirs est accaparé par de grands groupes qui « brillent » parfois par leurs actes de maltraitances animales…

Et une loi interdisant l’achat des produits agricoles en dessous de leur prix de revient ? Cela existe dans d’autres secteurs, mais pas l’agriculture… Accepteriez-vous de travailler pour perdre de l’argent en vous endettant davantage chaque jour ?

Pourquoi favoriser une concurrence déloyale étrangère en important des produits bourrés aux pesticides  ? Des pays bafouant le plus souvent les droits sociaux fondamentaux de leurs salariés-esclaves…

A l’heure où l’écologie a bon pied bon œil, à quoi riment les normes de calibrage, synonymes de gaspillage et de standardisation à outrance ? Sans oublier les fruits et légumes parcourant des milliers de kilomètres ? (Et qui n’ont souvent pas de goût, soyons honnêtes !) 150.000 ha de fruits et légumes ont été supprimés depuis 1990 en France alors que parallèlement, leurs importations ont augmenté de 62% depuis 30 ans.

Il n’est pas sain pour un pays de voir sa souveraineté alimentaire dépendre d’autres nations. De Gaulle : « Les intérêts de la France ne sont pas forcément, toujours, ceux de ses alliés ou partenaires. » Il faut mener une politique qui soit à la hauteur des enjeux futurs !

Soutenir, simplifier, encourager notre secteur agricole

C’est dans ce sens qu’allait le programme présidentiel de Nicolas Dupont-Aignan à travers 22 propositions :


1.
Instaurer une exception agricole à l’OMC et dans tous les accords commerciaux sur le modèle de l’exception culturelle ! L’agriculture ne peut se réduire à une seule bataille sur les prix. Elle doit remplir d’autres exigences que l’OMC ne lui reconnait pas : assurer la sécurité alimentaire des populations, garantir la sécurité sanitaire des aliments, valoriser les territoires.
2. Renouer avec la PAC et ses 3 volets : préférence communautaire, prix garantis et quotas. L’Europe doit protéger son marché et n’autoriser que les importations ne faisant pas obstacle à la réalisation de sa politique d’indépendance alimentaire, en instaurant un mécanisme de droits de douane variables. Si nous ne sommes pas entendus, nous rétablirons une politique agricole nationale.
3. Instaurer et maintenir au sein d’un tunnel « maximum-minimum » des prix garantis pour les grandes productions agricoles telles que les céréales, le lait ou les viandes, grâce à une régulation adaptée des productions et des marchés.
4. Refuser les traités transatlantiques car ils déstabiliseront notre agriculture, généraliseront des mauvaises pratiques et détruiront nos terroirs.
5. Exiger l’étiquetage obligatoire du pays d’origine des produits ! Les consommateurs sont dupés par l’opacité créée par certaines marques qui utilisent des slogans pour cacher l’endroit où ils s’approvisionnent.
6. Soutenir une agriculture à la fois moderne et respectueuse du sol et de la terre et favoriser les agriculteurs français, notamment ceux qui se tournent vers l’agriculture biologique, par la création et la promotion d’un label unique « Fait en France » pouvant aussi être décliné dans les départements « Fait en France – Nom du département ».
7. Privilégier les circuits courts dans le domaine agricole afin de faire baisser les prix pour les consommateurs tout en augmentant les marges des producteurs. 96 En outre, les circuits courts permettent d’éviter des dommages environnementaux pour la planète.
8. Soutenir nos terroirs en incitant les collectivités publiques telles que les cantines scolaires à se fournir chez des producteurs locaux et à privilégier le bio français.
9. Interdire les OGM tels qu’ils sont créés jusqu’ici mais ne pas s’opposer systématiquement aux avancées de la science.
10. Permettre une validation plus souple des trimestres de cotisation vieillesse pour les femmes d’agriculteurs qui ont œuvré à l’activité de leur conjoint et permettre le choix des 25 meilleures années pour le calcul de la retraite des exploitants.
11. Restructurer la dette des agriculteurs surendettés en créant un fonds par lequel l’Etat serait prêteur en dernier ressort et inciter les banques à financer leurs projets. A titre d’exemple, en cas de difficultés, l’Etat rachète la dette et la rééchelonne.
12. Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs. Si des progrès ont été faits ces dernières années en ce sens, il convient de poursuivre les incitations fiscales à l’intention de ces derniers et de leur assurer une visibilité suffisante de l’avenir par les réformes évoquées ci-dessus.
13. Donner les moyens juridiques de s’opposer à la vente de nos terres à des puissances étrangères qui ne partagent pas nos objectifs de politique publique.
14. S’appuyer sur le programme de l’EMB (European Milk Board) de responsabilisation face au marché pour le secteur laitier européen.
15. Alléger les cotisations sociales agricoles qui pèsent sur nos exploitations et leur font perdre des parts de marché notamment vis-à-vis de l’agriculture allemande.
16. Mettre fin à l’accumulation des normes et des réglementations écologiques toujours plus absurdes !
17. Rémunérer les services éco-systémiques rendus par les agriculteurs dans les zones à handicap naturel mais aussi les pratiques traditionnelles de production ou d’élevage qui contribuent à l’entretien des milieux naturels.
18. Mettre en place une politique volontariste de gestion de l’eau incluant la possibilité de retenir l’eau excédentaire de l’hiver pour l’utiliser l’été.
19. Accompagner les agriculteurs dans l’installation de méthaniseurs agricoles pour produire des biogaz.
20. Simplifier l’utilisation des produits hors déjections pour alimenter les digesteurs et le recours à l’épandage pour les résidus de production de biogaz.
21. Encourager le recours à une agriculture raisonnable.
22. Protéger et développer la petite faune sauvage en réhabilitant notamment ses habitats naturels et améliorer la régulation du gros gibier.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Jeanne dit :

    Merci pour ce compte-rendu clair et précis.

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